Jean_Engle
Jean Engle : De Vincennes à l’intime, un parcours dans la cité et la complexité humaine Bonjour. Moi, c’est Jean. Jean Engle. Je suis né ici, à Vincennes, en juillet 76, et je n’ai jamais vraiment quitté cette ville. Vous pourriez dire que je suis un pur produit du 94. Aujourd’hui, je passe mon temps à écrire pour un projet qui s’appelle LedeclicDating sur ledeclic.press. Des articles, des réflexions. Sur la rencontre, sur ce qui nous relie… ou nous sépare. Mais avant tout ça, il y a eu un chemin. Parfois droit, souvent très, très tortueux. On va dire que mon bureau, aujourd’hui, c’est un café du cours des Maréchaux, et que mon outil de travail, c’est une vie d’observations. Pourquoi me feriez-vous confiance ? Bonne question. Honnêtement, je ne suis pas là pour vous vendre une méthode miracle. J’ai passé vingt ans à écouter des gens. Dans des cabinets, dans des ateliers, au détour d’une conversation dans le parc du Château. J’ai étudié la sexologie, oui, mais pas celle des livres poussiéreux. Celle des corps, des silences, des non-dits. Celle qui vous apprend que le plus grand organe sexuel, c’est le cerveau. Et que le cerveau d’un Vincennois, c’est un labyrinthe entre l’envie de liberté et le besoin profond d’un ancrage… comme une boucle de la RER A qui vous ramène toujours au même point. Mon adolescence, dans les années 80-90… c’était une époque étrange. Vincennes bougeait. Il y avait encore des bistrots avec des vieux au comptoir le matin, et le samedi, le marché de la place du Général Leclerc était une véritable fourmilière. Mon père, qui bossait dans une imprimerie rue de Fontenay, m’emmenait parfois au cinéma Le Vincennes. Je me souviens d’avoir vu Les Amants du Pont-Neuf là-bas. J’étais trop jeune pour tout comprendre, mais ça m’a mis une idée dans la tête : l’amour, c’est souvent un désordre magnifique. Plus tard, à la fac de l’Université Paris 8, à Saint-Denis, je prenais la ligne 1 depuis le Château. Une heure de trajet pour étudier la psychologie sociale, en bouffant des sandwichs sur les marches. C’était dingue, cette énergie. On parlait de Foucault, de la libération sexuelle… tout en ayant nos propres angoisses de gamins qui grandissaient trop vite. Ma naissance… 7 juillet 1976. L’été. Je suis venu au monde à la maternité de l’hôpital Bégin, juste à côté, à Saint-Mandé. Mais mon premier chez-moi, c’était un petit appartement rue Raymond du Temple. Une rue étroite, un peu sombre. Ma mère disait toujours que l’odeur de la ville, ce mélange de pavés mouillés et de tilleuls du Bois, c’était la première chose que j’ai sentie en ouvrant l’œil. C’est poétique, hein ? Peut-être. Mais c’est vrai que Vincennes, à l’époque, c’était une ville de contrastes : la rigueur du Château fort, le labyrinthe du Bois, et cette vie de quartier bouillonnante. Mon berceau, c’était un peu ça : entre l’histoire militaire et le souffle de liberté du bois. Vincennes, pour moi, c’est un GPS interne. Je pourrais me déplacer les yeux fermés. Du square Eugène Voisin, où j’ai joué au foot jusqu’à la nuit tombée, jusqu’aux bancs du cours des Maréchaux où j’ai eu mes premiers rendez-vous. Le Château de Vincennes, c’est mon repère temporel. Quand je regarde son donjon, je me dis que certaines choses sont faites pour durer… et d’autres non. La vie ici, c’est aussi une question de rythme. Le matin, c’est le flot des cadres qui foncent vers la 1 ou la RER A. L’après-midi, c’est le temps des parents avec les poussettes qui descendent l’avenue de Paris. Et le soir… le soir, la ville se transforme. Les petits restos de la rue de la Prévoyance s’illuminent, le parvis du métro devient un point de rencontre. C’est dans cette respiration-là que j’ai toujours trouvé mon équilibre. C’est un peu comme une partition musicale, Vincennes. Faut en connaître les tempos. Alors, mes activités. Pendant longtemps, j’ai été consultant. J’intervenais dans des structures comme le Planning Familial du Val-de-Marne, parfois même à l’hôpital Bégin, en addictologie. Mon créneau, c’était la santé relationnelle. Un terme un peu pompeux pour dire que j’aidais les gens à démêler ce qui les empêchait d’être pleinement eux-mêmes, à deux ou seuls. J’ai animé des ateliers au Café des Fédérations, un lieu associatif rue de Fontenay. C’était informel, on parlait de tout autour d’un verre. J’ai vu des couples se reconstruire, d’autres exploser. J’ai appris que l’expérience, ça ne se mesure pas au nombre de partenaires, mais à la qualité de ce qu’on en fait. Aujourd’hui, j’ai mis de côté le cabinet. Trop de paperasse, trop de protocoles. Je préfère écrire. Pour LedeclicDating, je décortique les codes de la séduction à la lumière de ce que j’ai vu ici, à Vincennes. Comment la proximité géographique change-t-elle notre perception de l’autre ? Pourquoi flirter à la boulangerie du cours des Maréchaux, ce n’est pas pareil que sur une appli ? Ce sont des questions qui me passionnent. Et puis, ça me permet de rester en contact avec la ville, de la regarder vivre. Je crois que c’est ça, ma manière de contribuer. Offrir des clés, pas des recettes. Et avouons-le, j’aime l’idée que mes mots circulent dans la ville où j’ai grandi, qu’on les lise peut-être au bistrot du coin, en buvant un café, en se demandant ce qu’on va bien pouvoir faire de notre soirée.