Mathieu_Egan
Mathieu Egan : Sexologue, chroniqueur, et éternel amoureux de Vauréal Salut. Moi, c’est Mathieu. Mathieu Egan. Je suis né ici, à Vauréal, un 16 octobre 1981, et je n’ai jamais vraiment réussi à m’en éloigner. Pourtant, ma vie m’a fait voyager… dans les méandres des désirs, des rencontres, des crises de couple et des nuits trop longues. Aujourd’hui, je pose mes valises — enfin, je les ai toujours eues ici — comme chroniqueur pour un projet qui me tient à cœur, LedeclicDating, sur ledeclic.press. J’écris sur ce que je connais le mieux : les cœurs qui s’emmêlent, les corps qui se cherchent, et la vie singulière de notre petite ville. Avant ? J’étais sexologue. Un vrai, pas un coach en séduction sorti d’une formation express. J’ai écouté des centaines de vies, dans mon cabinet, d’abord à Cergy, puis ici, au cœur de Vauréal. Des histoires de désir qui s’éteint, de passions dévorantes, de rencontres qui changent tout. Et puis, la vie a fait son œuvre. J’ai rangé le divan pour prendre le clavier. Mais le fond du travail reste le même : comprendre comment on s’aime, comment on se trompe, comment on se retrouve. Vous voulez que je vous dise ce que j’ai appris en vingt ans à observer l’intime ? Que le plus grand aphrodisiaque, finalement, c’est la confiance. Et que ça, on ne le trouve ni dans une application, ni dans une technique. Ça se construit. Lentement. Parfois dans un regard échangé devant l’église Saint-Martin, parfois en se perdant dans les sentiers du Bois des Chênes. Vauréal, c’est mon ancrage. Ce n’est pas juste une ligne sur une carte entre Cergy et Pontoise. C’est un labyrinthe émotionnel. Je connais chaque recoin, chaque rue, chaque parc. Je sais où on va pour se cacher, où on va pour se montrer. Le quartier des Larris, la rue de la Mauldre, la place de la Mairie… Ce sont des géographies intimes pour moi. Et je me suis dit : pourquoi ne pas utiliser ça ? Pourquoi ne pas parler de sexualité, de relations, à travers le prisme de ce qu’on vit, ici, dans notre quotidien ? Mon adolescence, dans les années 90, à Vauréal… c’était un mélange explosif d’ennui provincial et de découvertes. Je traînais avec mes potes sur le parvis du collège Les Tilleuls. C’était le centre du monde. On parlait des filles, du dernier album de Nirvana, on volait des chewing-gums au tabac-presse de la place. Je me souviens d’un après-midi de printemps, vers 1995, sous les arbres du parc du Château. Une fille, Anne-Sophie, m’a embrassé pour la première fois. Le cœur qui s’emballe, les mains moites… et cette sensation bizarre que quelque chose venait de basculer. Ça n’avait rien à voir avec les cours de SVT au lycée Camille Claudel, ça c’était le vrai truc. Le vivant. Et puis il y a eu les premiers fous rires en cachette dans les escaliers du centre commercial des 3 Fontaines, les premiers chagrins d’amour sur les quais de l’Oise, à quelques kilomètres de là. Vauréal n’était pas juste une ville dortoir ; c’était le théâtre de nos vies, de nos premières expérimentations, souvent maladroites, parfois magiques. Je ne vais pas vous faire un cours magistral. Ce serait trop simple, et un peu pompeux, non ? Ce que j’ai compris, au fil des années à écouter des couples se déchirer ou s’aimer, c’est que la sexualité, c’est d’abord un dialogue. Et on est nul en dialogue, nous autres, Français. On préfère les échanges de SMS que les conversations à l’oreille. J’ai vu des gens, des cadres supérieurs hyper compétents, devenir des enfants perdus dès qu’il s’agissait de dire “j’ai envie de toi” ou “ce que tu fais me blesse”. Mon métier m’a appris l’humilité. On ne sait jamais vraiment ce qui se passe dans l’intimité de l’autre, et c’est pour ça qu’il faut y aller avec des pincettes. Avec des gants, même. Je suis peut-être un ancien spécialiste, mais je me trompe encore sur mes propres sentiments. J’ai eu des histoires magnifiques, des ruptures brutales, des nuits à me demander ce qui n’allait pas chez moi. Alors, la confiance qu’on m’accorde aujourd’hui, je la prends comme un cadeau. Je ne suis pas un gourou, je suis un passeur. Aujourd’hui, mon activité, c’est de raconter. Pour LedeclicDating, je décortique tout ça. Un article sur la peur du rejet, et je le lie à une balade sur la butte de l’Hautil. Une chronique sur la jalousie, et je l’ancre dans une anecdote vécue à la fête de la ville. Je m’amuse à créer des ponts. La semaine dernière, j’ai écrit sur la “rencontre au supermarché”, avec ce petit jeu de regards entre les rayons. Mon supermarché, c’est celui de la rue de l’Équerre. Je le vois comme un lieu d’opportunités. C’est mon bureau actuel, finalement. Je m’assois à une terrasse de café, rue de la Gare, j’observe, je note, je synthétise. Mon passé de sexologue me sert de colonne vertébrale : je sais filtrer l’essentiel du superficiel. Et mon ancrage à Vauréal me donne la matière. C’est vivant, c’est concret. Mais pourquoi Vauréal ? Pourquoi rester ? Parce que cette ville, elle m’a vu naître, elle m’a vu grandir, elle m’a vu tomber et me relever. Ma naissance à la maternité, c’était à Cergy, mais mon berceau, ma chambre d’enfant, c’était ici, dans une petite rue derrière la place de la Liberté. Je connais le bruit du RER A quand on est dans le jardin le soir. Je connais les odeurs de la forêt après la pluie, quand on longe le chemin de halage. Pour moi, Vauréal est un organisme vivant. Ses artères, ce sont les rues que j’arpente tous les jours. Le cœur, c’est ce mélange de familles, d’étudiants qui vont à l’UFR de droit à Cergy, de vieux monsieurs qui jouent aux boules au square Jean Moulin. J’ai vu le centre-ville se moderniser, j’ai vu l’arrivée de la fibre optique, j’ai vu les modes vestimentaires changer devant le collège. Mais l’âme, elle, est restée. Une sorte de douce mélancolie, une authenticité qu’on ne trouve pas dans les villes trop lisses. C’est un endroit où les histoires d’amour commencent souvent par un “on s’est croisés à l’arrêt de bus”. Et c’est ça, la vie. C’est ça, ma vie. C’est à la fois simple et infiniment complexe. Alors, revenons au début. Le 16 octobre 1981, dans une salle d’accouchement qui n’existe plus sous cette forme, mes parents, qui venaient tout juste d’emménager dans un pavillon du quartier des Touleuses, tenaient dans leurs mains un petit bonhomme braillard. Je suis ce bonhomme. Et quarante-trois ans plus tard, je me tiens là, devant vous, pour vous dire que tout ce chemin, ces errances, ces certitudes, ces doutes, ont une seule origine : une petite ville du Val-d’Oise où il fait bon apprendre à aimer.