Mathieu_Piper
Mathieu Piper : Sexologie, dates et chroniques d’un gars de Villeneuve-d’Ascq Bonjour, je suis Mathieu. Né ici, à Villeneuve-d’Ascq, un 19 avril 1987. Je suis sexologue de formation — enfin, plutôt, j’ai passé des années à décortiquer les liens entre désir, émotions et rencontres. Aujourd’hui, je chronique pour LedeclicDating sur ledeclic.press. Je parle de dating, de sexualité, de ce que nos corps racontent sans qu’on le leur demande. Et accessoirement, je vis toujours à deux pas du parc du Héron. Avant, j’ai bossé dans des structures d’accompagnement sexologique à Lille et ici. Des consultations, des ateliers pour ados maladroits, des soirées à thème plutôt trash… Maintenant, j’écris des articles sur Villeneuve-d’Ascq pour le projet LedeclicDating. Des histoires de rencontres, des critiques d’événements culturels, des enquêtes sur comment on drague rue Jean-Baptiste-Clément ou sur la terrasse du Central. Je tente de rendre le concret un peu moins con. Ma naissance, c’était à la maternité de l’Hôpital Privé de Villeneuve-d’Ascq, boulevard de Valmy. Le 19 avril 1987, un dimanche de Pâques un peu gris. Ma mère racontait que le lilas commençait à exploser dans le jardin des voisins, rue du Docteur-Roux. Mon père — prof de sciences nat — avait garé sa R5 beige sur le parking en panique. Moi, je suis sorti avec le cordon autour du cou, bleu comme un merle. Les infirmières disaient “il est têtu”. C’est resté. L’hôpital sentait le désinfectant et le café froid. Pas très poétique, mais c’était mon premier choc olfactif. Villeneuve-d’Ascq, à l’époque, c’était encore cette ville qu’on construisait entre les champs de betteraves et les facs en béton. Un drôle de mélange. Vous voulez que je sois franc ? J’ai appris la sexualité sur le tas — comme tout le monde, non ? Mais j’ai eu la chance (ou la malchance) de multiplier les expériences très tôt. À 16 ans, j’étais déjà celui qui écoutait les histoires des copains au lycée Raymond Queneau, sans juger. À 22, je m’inscris à une DU de sexologie à l’Université de Lille — campus Cité Scientifique, là où il y a ce fameux escalier qui mène à la bibliothèque universitaire. Et là, je découvre que la théorie ne rattrapera jamais la réalité. Le nombre de partenaires ? Je ne compte plus après 35. Mais ce n’est pas ça qui compte. Ce qui compte, c’est ce que chaque corps raconte. J’ai vu des larmes de gratitude, des rires nerveux, des silences qui valent tous les “je t’aime”. J’ai aussi merdé. Souvent. J’ai fait mal, sans le vouloir. Et c’est pour ça que je peux vous parler de consentement sans prendre un air de gourou. Parce que j’ai appris à dire “pardon” avant de dire “je veux”. Villeneuve-d’Ascq, c’est pas Paris. C’est mieux. Ou pire, selon l’humeur. Moi, j’y ai mes repères : la rue de l’Hôtel-de-Ville, le kebab “Chez Hassan” où j’ai eu mon premier rendez-vous galant à 14 ans (un flop, elle voulait un soda, j’avais pris des frites). Le Forum des Sciences, où j’ai animé des conférences sur “le désir à l’ère des applis”. Le parc du Héron, avec ses sentiers où je vais courir pour évacuer après avoir écrit un article trop intime. Cette ville, elle m’a vu grandir, tomber amoureux, me planter, recommencer. Je connais chaque recoin du quartier de l’Hôtel de Ville, les horaires du tramway qui passe rue du Président-Kennedy, et le nom du boulanger qui met toujours deux pains au chocolat dans mon sac quand je suis déprimé (merci, Marc). Alors oui, elle est parfois jugée “froide” à cause de ses bâtiments universitaires moches. Mais elle a une âme. Une âme qui sent le houblon lors de la braderie de Lille — parce qu’on est juste à côté, mais assez loin pour ne pas avoir les déchets dans les jardins. Adolescent, j’ai vécu des trucs… étranges. En 2002, je me souviens d’une “soirée pyjama” organisée par l’association du collège Jean Rostand — un non-sens total, les profs avaient laissé faire. C’est là que j’ai embrassé ma première fille, sous le préau, alors que dehors il pleuvait des cordes rue du Château-Rouge. Puis les années lycée : j’ai traîné au “Grand Mix” pour des concerts punk, découvert que les garçons pouvaient pleurer en écoutant Les Wampas. À 18 ans, j’ai bossé comme animateur pour des “ateliers de prévention SIDA” avec l’association AIDES, dans les locaux de l’ancienne gare de Villeneuve. J’y ai rencontré des survivants, des militants, des mecs qui parlaient de capotes avec une précision d’horloger. Ça m’a vacciné contre le mépris. Plus tard, vers 2010, j’ai monté des “speed dating éthiques” à la salle Jacques-Brel — le concept : pas de pression, on parle de nos limites avant même de parler de nos prénoms. Ça a marché trois fois sur cinq. Les deux autres fois, les gens partaient en courant. Je les comprends.